L’huile de coco, bienfaits, utilisation et précautions

Depuis quelques années, un véritable battage médiatique a été orchestré autour de l’huile de coco. Un nombre invraisemblable de blogs répertorient les 20, 50 ou 101 bienfaits de cette huile, souvent en prenant des raccourcis avec les études scientifiques réalisées voire en les détournant. Des stars comme Gwyneth Paltrow ou Kourtney Kardashian en ont fait la promotion, mettant en avant tel bienfait pour la peau ou tel remède miracle contre la cellulite. Avec des experts pareils, plus besoin de se poser de question ! Et ça a plutôt bien fonctionné, en tout cas d’un point de vue marketing : au Royaume-Uni, entre 2013 et 2017, les ventes d’huile de coco ont été multipliées par 15 !

Il faut dire que si l’on en croit les stars et blogueurs soit-disant connaisseurs en la matière, l’huile de coco est LE remède miracle contre à peu près tout ce qui peut vous arriver dans la vie : insomnie, fatigue, piqûres de moustiques, brûlures d’estomac, coupures, acné, hémorroïdes, coups de soleil, peau sèche, peau grasse, cancers, maladie d’Alzheimer (un exemple ici)… C’est à se demander si on ne pourrait pas non plus l’utiliser pour nettoyer les vitres, graisser le moteur de sa voiture, alimenter la chaudière en hiver ou encore passer le bac à la place du petit dernier. Bref, vous l’aurez compris, il faut faire le tri dans ce qui est dit à propos de l’huile de coco. Et cet article va vous y aider !

L’origine et la fabrication de l’huile de coco

L'huile de noix de coco est obtenue à partir de la partie blanche de la noix de coco, l’albumen, que l’on aura préalablement fait sécher pour en faire du coprah. De ce coprah sera ensuite extrait l’huile selon divers procédés, en fonction de ce que l’on veut obtenir (huile vierge, huile désodorisée, huile raffinée…).

Cette huile est loin d’être une trouvaille récente. Elle est utilisée et consommée depuis des siècles en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Avant l’arrivée du soja et sa transformation industrielle en huile, l’huile de coco était même la principale source de matières grasses non laitières aux Etats-Unis jusqu’au milieu du XXe siècle, particulièrement présente dans les aliments transformés. 

Elle est en effet particulièrement adaptée pour les plats préparés et les aliments en conserve car, contrairement aux autres huiles animales ou végétales et grâce à sa très forte teneur en acides gras saturés, elle résiste très bien au rancissement (l’oxydation qui rend par exemple immangeable le beurre laissé un peu trop longtemps au frigo). C’est d’ailleurs cette teneur élevée qui a alimenté le débat récent autour de ces vertus supposées ou non.

Vérité et débat autour de l’huile de coco

Si l’huile de coco fait débat, c’est pour une raison toute simple : les fameux acides gras saturés. L’huile de coco en est bourrée : près de 90% des acides gras présents sont saturés. En comparaison, 65% des acides gras sont saturés dans le beurre, 40% dans le saindoux et seulement 15% dans l’huile de sésame. Si vous voulez avoir une comparaison exhaustive de toutes les huiles sur ce point, nous vous conseillons la lecture de cet article de l’EUFIC (Conseil Européen de l’Information Alimentaire). 

Huile de coco bienfaits

Mais au fait, c’est quoi le problème avec les acides gras saturés ? Petite explication. Les acides gras sont les briques élémentaires de lipides, indispensables à notre santé. Ce sont les lipides qui nous fournissent de l’énergie, facilitent la synthèse des hormones et des membranes de nos cellules et contribuent à l’absorption optimale des vitamines A, D, E et K. Mais attention, tous les acides gras ne se valent pas ! On en compte trois types différents :

Les acides gras insaturés, à privilégier

C’est le “bon gras”! Consommer des acides gras insaturés permet de réduire le mauvais cholestérol à l’origine des accidents cardio-vasculaires. Il faut en consommer régulièrement pour être en bonne santé. Parmi les acides gras insaturés, on dénombre :

  • les oméga-3, que l’on retrouve dans les graines de lin et de chanvre et les poissons gras (saumon, maquereaux…)
  • les oméga-6, qui existent naturellement dans l’huile de tournesol, de soja ou de maïs
  • les oméga-9, présents principalement dans l’huile d’olive mais qui existent aussi dans celle d’avocat, de noix ou d’arachide

Ces acides sont donc bons pour la santé et il ne faut pas hésiter à les consommer et à les utiliser en cuisine (avec modération malgré tout, ça reste du gras !).

Les acides gras trans, à éviter absolument

Les acides gras trans, comme leur nom l’indique, sont des acides gras insaturés transformés via un procédé industriel afin de modifier leur structure, de leur permettre de supporter de hautes températures de cuisson et de préserver les aliments. Vous les retrouvez donc dans les biscuits, les plats préparés, les viennoiseries… 

Ils sont à fuir car ils augmentent le taux de mauvais cholestérol et de triglycérides dans le sang, deux facteurs dans la survenance de maladies cardio-vasculaires. Autant vous dire qu’ils ne sont pas les meilleurs alliés de vos artères. Si les grands groupes agro-alimentaires ont tendance à ne pas trop dire que les acides gras trans sont très mauvais pour la santé, c’est bien parce qu’ils les utilisent à outrance dans leurs produits finis. Pourtant, ce ne sont pas les études qui manquent pour prouver leur nocivité. Pour plus de précisions sur le sujet, on vous conseille les rapports de l’AFSSA ou de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments en 2010 puis en 2015.

Les acides gras saturés, bien mais pas top

Vous les retrouvez dans les graisses animales (beurre, crème, saindoux, graisse d’oie ou de canard…) et végétales (huile de coco, de palme…). Ces acides sont moins fragiles que les acides gras insaturés et résistent donc mieux à la chaleur de la cuisson, ce qui en fait des alliés de choix pour votre gastronomie de tous les jours. 

Si vous les consommez de manière excessive, ces acides gras saturés augmenteront à terme la synthèse de mauvais cholestérol, ce qui entraînera une hausse du risque de diabète, d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires. Mais utilisés raisonnablement et doublés d’une activité physique suffisante, ils ont tout à fait leur place dans l’alimentation de tous les jours. 

En résumé, si l’on s’en tient à une première analyse de la composition chimique de l’huile de coco, ça n’est pas la pire des huiles...mais ça n’est pas non plus la meilleure, du fait de son taux très élevé d’acide gras saturés. Nous voilà bien avancés ! On vous propose donc d’aller un peu plus loin afin de voir quelles sont les réelles qualités de cette huile. 

De nouveaux éléments au débat

Pourquoi cet engouement pour l’huile de coco si cette dernière n’est pas si excellente que ça pour la santé ? Plusieurs études ou observations ont permis de relancer le débat sur le sujet.

Une huile pour maigrir

Ou du moins c’est l’affirmation que certains en auraient tiré suite à une étude très sérieuse réalisée en 2003 par Marie-Pierre Saint-Onge, experte en nutrition et diététique, et son équipe à la prestigieuse université de médecine de Cornell. Attention, ça devient un peu technique. L’experte voulait étudier l’impact sur la santé des triglycérides à chaînes moyennes (TCM), un type particulier de molécule graisseuse. En particulier, leur analyse comparait les effets sur l’obésité d’un régime riche en TCM par rapport à un régime riche en triglycérides à chaînes longues (TCL). Le résultat avait de quoi surprendre puisqu’un le régime plus en riche en TCM entraînait une perte de poids supplémentaire. Une seconde étude réalisée en 2008 par la même experte a conclu qu’un régime incluant une huile riche en TCM entraînant une perte de poids et de masse graisseuse supérieure à un régime équivalent mais utilisant de l’huile d’olive à la place. 

huile de coco en cuisine et cosmétique

Le constat scientifique que le Dr Saint-Onge a pu tirer de ces deux analyses est que tous les acides gras saturés n’ont pas la même influence sur l’organisme, voire que certains peuvent être moins néfastes que d’autres, en fonction de leur teneur plus ou moins élevée en TCM. L’huile de coco étant une des huiles les plus riches qui soient en TCM, il n’y avait qu’un pas à faire pour ses promoteurs et déclarer que cette huile miraculeuse permettrait de maigrir et d’être en bonne santé. Ce qui est une extrapolation basée sur aucune donnée scientifique, comme l’a elle-même affirmé le Dr Saint-Onge au Guardian en 2017 : “D'après ce que je peux dire, ma recherche est utilisée pour dire que l'huile de noix de coco est saine, mais il s'agit d'une extrapolation très libérale de ce que nous avons effectivement étudié”. Dommage pour ceux qui pensaient que manger une tartine d’huile de coco tous les matins leur permettrait d’annuler le Big Mac de la veille…

Un remède miracle contre la maladie d’Alzheimer

On reste dans la technique, sur un sujet qui alimente de plus en plus le débat public : la maladie d’Alzheimer. Le vieillissement de la population occidentale a conduit à une forte augmentation du nombre de cas de cette maladie et les patients comme les médecins sont à la recherche du remède qui permettrait, sinon de la guérir, en tout cas d’en atténuer ou d’en retarder les effets. 

Suite à de nombreuses recherches, les scientifiques ont pu observer que les personnes atteintes d’Alzheimer voyaient le métabolisme de leur cerveau sérieusement altéré. En particulier, ce dernier ne serait plus capable d’assimiler le glucose, son principal carburant (c’est pour ça qu’il est important de consommer du sucre avant un examen un peu long et compliqué !). Dans le cas où l’organisme subit une carence en glucose ou - comme c’est le cas avec la maladie d’Alzheimer - qu’il n’est plus capable de l’absorber correctement, le cerveau peut tirer son énergie d’autres molécules qu’on appelle les corps cétoniques. Un régime basé sur un apport important en graisse et faible en glucose (régime cétogène) est utilisé depuis longtemps pour soigner l’épilepsie. Et on a pu observer chez des souris ayant contracté la maladie d’Alzheimer et suivant un tel régime une amélioration de leur état cognitif.

Et l’huile de coco dans tout ça ? En fait, elle a été mise en avant comme potentiel remède-miracle à Alzheimer pour deux raisons :

  1. Les fameux TCM évoqués plus haut et présents en grande quantité dans l’huile de coco ont la capacité de favoriser la production de corps cétoniques, même lorsque que le patient ne suit pas un régime cétogène.
  2. L’acide caprylique (présent en doses importantes dans l’huile de coco), un TCM particulier, est un des composants principaux d’un médicament, l’Axona, commercialisé aux Etats-Unis et censé atténuer les effets néfastes de la maladie

Mais dans les deux cas, les études scientifiques solides manquent :

  1. Si un régime cétogène a pu permettre d’améliorer la santé de souris malades, aucune étude ne montre que cela aurait le même effet sur les humains.
  2. L’efficacité de l’Axona comme moyen de lutter contre Alzheimer n’a pu être montré qu’au cours d’une seule étude clinique et uniquement sur des patients possédant des gènes bien particuliers, ce qui limite grandement le potentiel de généralisation de l’effet de l’acide caprylique sur la maladie. 

Bref, d’un point de vue purement scientifique, l’huile de coco n’a apporté aucune preuve de son efficacité contre ce fléau. D’autant plus que les quantités nécessaires qu’il faudrait ingérer pour pouvoir assimiler suffisamment d’acide caprylique entraîneraient des effets désastreux sur le système gastro-intestinal du patient.

Un antibactérien surpuissant

Une dernière qualité supposée de l’huile de coco serait son caractère puissamment antibactérien. Elle permettrait également de lutter contre un certain nombre de virus et de champignons. Mais d’où vient cette proposition ? 

L’huile de coco contient un acide gras particulier, l’acide laurique, en grande quantité (il représente 50% des acides gras saturés présents dans cette huile). Présent également dans le lait de vache et le lait maternel, cet acide participerait de la constitution du système immunitaire des nourrissons, en prévenant l’apparition de certaines bactéries potentiellement mortelles. 

Les promoteurs de la qualité antibactérienne de l’huile de coco s’appuie sur plusieurs études scientifiques montrant la capacité de l’acide laurique à contrer le staphylocoque doré, agent pathogène extrêmement puissant et mortel, ou la Candida Albicans, une levure à l’origine de nombreuses mycoses digestives et gynécologiques. Comme l’acide laurique est présent en grande quantité dans l’huile de coco et qu’il a été prouvé que cet acide permet de lutter contre certains corps étrangers, l’huile de coco bénéficie forcément de caractéristiques protectrices indéniables… ou pas !

En effet, dans le premier cas, l’acide laurique permet bel et bien de combattre le staphylocoque doré mais uniquement grâce à des doses extrêmement élevées dudit acide. Pour que le corps puisse bénéficier de doses équivalentes et suffisantes pour le protéger de cet agent, il faudrait engloutir des quantités d’huile de coco qui entraîneraient de sévères complications digestives et cardio-vasculaires ! Quand à l’étude concernant Candida Albicans, les tests n’ont été réalisés qu’in vitro (en laboratoire) et non in vivo (en grandeur nature, dans un organisme vivant), ce qui ne permet pas pour le moment d’en déduire grand-chose. Et là aussi les quantités supposées d’huile de coco seraient bien trop importantes pour représenter une solution viable à long terme. 

Encore une fausse piste donc, ou en tout cas une piste incomplète ou impliquant de sérieux inconvénients. 

Mais du coup, quels sont les bienfaits de l’huile de coco ?

Effectivement, on est en droit de se poser la question des bienfaits, à la lecture des précédentes caractéristiques supposées et qui ne sont pour le moment soit non prouvées soit complètement fausses. Cependant, l’huile de coco n’en a pas moins de réelles vertus qui justifient amplement qu’on en achète et qu’on en consomme.

Une alliée dans la cuisine

Comme vu plus haut, sa teneur en acides gras saturés n’en fait pas la meilleur des huiles en termes de diététique. Cependant, elle reste intéressante pour cuisiner car du fait justement de cette forte présence d’acides gras saturés, elle ne rancit quasiment pas (contrairement à d’autres huiles végétales ou animales), peut se conserver très longtemps et résiste très bien à la chaleur sans brûler. Elle permet ainsi de saisir vos aliments sans crainte d’en dénaturer le goût (de plus, si l’huile de coco non-désodorisée à une légère odeur de noix de coco, à la cuisson, le goût en est atténué, ce qui permet revient à utiliser un corps gras quasi-neutre).

Et du fait de la présence de ces fameux TCM (triglycérides à chaînes moyennes), si l’huile de coco ne fait pas maigrir, elle fait malgré tout moins grossir que l’huile d’olive. A consommer avec modération mais à consommer quand même donc !

Huile de coco bio planète

Une huile bonne pour les cheveux

Un certain nombre d’études se sont penchées sur les effets de l’huile de coco sur les cheveux. Une étude de 2003 a ainsi montré que grâce à sa haute teneur en acide laurique, elle avait un fort pouvoir émollient (elle ramollit et détend les tissus). L'huile de coco pénètre ainsi en profondeur dans la fibre capillaire et peut permettre d’hydrater le cheveu, le protéger et prévenir la casse liée à l’usure, la fatigue, le stress et la pollution. L’acide laurique va également permettre de donner un “coup de fouet” aux protéines contenues dans le cheveu, ce qui garantit une brillance renforcée de votre chevelure. 

Donc l’huile de coco est une excellente alternative naturelle à pas mal d’après-shampoings ou autre soin capillaire bourrés de produits chimiques et dommageables à long terme à la santé de vos cheveux. 

Une huile bonne pour la peau...en quantité raisonnable

L’huile de coco, comme beaucoup d’huiles végétales de bonne qualité, est bonne pour la peau. Comme l’a démontré une étude parue en 2004, cette huile est un moyen naturel et efficace d’hydrater sa peau car elle permet de limiter l’évaporation au niveau de l’épiderme. Elle est d’ailleurs utilisé à cet effet par un grand nombre de populations sous les tropiques depuis des siècles. De plus, comme vu précédemment, elle contient de la vitamine E, des acides aminés essentiels et des acides laurique et caprylique, qui renforcent tous la fonction barrière de la peau.

Mais comme pour la cuisine, l’huile de coco doit ici être utilisée à bonne dose et non pas tous les jours. En effet, étant extrêmement grasse, elle risque de bloquer les pores de la peau et de provoquer des points noirs. Les personnes ayant une peau sujettes à l’acné devront donc éviter d’en mettre trop souvent (d’ailleurs, elles devront éviter toute huile végétale, pas seulement l’huile de coco).

En conclusion, on fait quoi avec l'huile de coco ?

Il y a eu ces dernières années une vraie hype autour de l’huile de coco, qui pourrait guérir à peu près tout et n’importe quoi et serait bonne à l’extérieur comme à l’intérieur du corps. Si on va au-delà du marketing et que l’on se tourne vers de robustes études scientifiques, on peut voir que le tableau est beaucoup plus nuancé. En résumé, l’huile de coco, comme beaucoup d’huiles végétales, est bonne mais en petites doses et non utilisée tous les jours, que ce soit sur le corps ou dans la cuisine. 

Ne pas se laisser prendre par les sirènes de la communication mais mieux comprendre ce que l’on consomme et prôner la transparence plutôt que l’enfumage, ce sont des valeurs que La Fourche veut mettre en avant. Donc, achetez de l’huile de coco (bio bien évidemment) mais comme pour tout le reste, à consommer avec modération. 

Aussi, on vous conseille de lire cet article sur la face immergée du business de la noix de coco : des révélations autour de la rémunération des producteurs et l’exploitation des singes arrachés à leur mère qui nous poussent à nous assurer de l’origine de nos produits.